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Publié par C'est au carré Conception Rédaction

J'ai eu la chance d'assister à l'inauguration de Le Nuage, nouveau lieu de vie et de bien être à Montpellier conçu par Philippe Starck. J'ai beaucoup apprécié son intervention à cette occasion et je l'ai enregistrée pour en garder une trace. La voici donc pour vous :

 

Nous n’existons que par notre intelligence. Nous n’existons que parce que nous avons un cerveau qui fonctionne un peu mieux que d’autres espèces. Ce qui nous a permis de prendre le pouvoir. Reste que ce cerveau qui est une machine sensible ne fonctionne que s’il est en bon état. Pour être en bon état, il faut être en bonne santé. Pour être en bonne santé, il faut entretenir le corps. Autrement dit, c’est extrêmement simple, un corps en bonne santé porte un cerveau en bonne santé et on peut espérer qu’un cerveau en bonne santé produise des idées de qualité nécessaires à la suite de notre évolution.

 

Donc, quand la famille Pigeon est venue me voir, elle m’a parlé d’un centre de santé, de bien être. Et moi j’ai pas pensé à la gymnastique comme vous pouvez le voir, j’ai pensé à ça. Un moyen d’élever le débat, un moyen d’élever l’intelligence. Donc ça commençait déjà à prendre forme et il (Marc Pigeon) a dit qu’il avait été surpris que j’avais accepté à la seconde, j’ai pas accepté peut être pour les raisons qu’il croyait, j’ai accepté pour les raisons que je viens de vous expliquer. Donc tout ça ramène à nous et nous, c’est pas autre chose que de la vie. C’est la vie avant tout, c’est notre vie, c’est ce que l’on est. Donc, un centre de santé, c’est avant tout un endroit où on va protéger la vie, on va réparer la vie, on va prolonger la vie. Et là encore, c’est ça qui m’intéresse. Alors moi je suis très vieux et j’ai pu remarquer certaines choses, c’est que plus je voyais de matière, moins je voyais d’humanité. Donc si je pensais que ce projet concentré à l’épine dorsale, était la vie, était nous, il fallait surtout qu’il n’y ait rien autour. Il fallait donner le maximum de fertilité et le minimum autour.

 

Alors le maximum de fertilité, c’est extrêmement simple, la vie, ça se développe dans le bordel. Ca se développe dans le chaos. Les monuments n’ont jamais accouché de vie. Par contre, entre 2 monuments, à l’ombre derrière, il y a quelque chose, de la mousse qui pousse. Donc, comme nous sommes en zone urbaine, il fallait créer ce village chaotique. On n’a pas pu le faire à l’horizontale, on l’a fait à la verticale sur 4 niveaux. Donc ce bâtiment n’est pas autre chose qu’une étagère, le minimum possible, sur lequel on a jeté, vous avez jeté par vos nécessités, la famille Pigeon a jeté ce qu’il fallait. Comme un gosse jette des cubes de couleurs, suivant la forme, le triangle, le rond, et bien, ils ont jeté, on a jeté. Moi je n’ai quasiment rien fait là-dedans.

 

J’ai à peine géré l’urbanisme et simplement, le médecin avait besoin d’une boîte d’une certaine matière en bois, et ben, on l’a fait en bois. La personne qui faisait de la balnéothérapie, elle avait besoin de carrelage, et ben ce sera en carrelage. Puis, d’autres personnes allaient faire de la danse, de la transparence, et bien c’est parfait. Autrement dit, ce n’est pas un bâtiment que j’ai dessiné, c’est un bâtiment que nous avons dessiné et peut être même plus que ça, c’est un bâtiment qui s’est auto-dessiné par ses nécessités. Et cet auto-dessin donne quelque chose d’intéressant, des surprises. Vous allez voir là-bas, il y a plein de couleurs. Il y en a beaucoup qui ne me plaisent pas du tout. Je les trouve horribles mais c’est la vie, c’est notre vie, c’est pas moi qui ai le goût unique. Chacun a le droit à ses différences, au choix, à ses propres choix, c’est là où ça se passe.

 

Et je trouve des choses que je n’ai pas dessinées, et qui sont mieux que ce que j’aurais fait. Donc c’est là où la vie se passe, les surprises fertiles. Donc le chaos est organisé, le chaos va être vivant, le chaos vous allez vous l’approprier, le village chaotique, et donc maintenant surtout, il faut pas le tuer. Plus on mettra du béton autour, plus on l’asphyxiera. Regardez les tombes, quand on est mort, on met une dalle en béton dessus. Ca prouve bien quand même que ça a pas l’air de favoriser la résurrection. Et donc là s’est imposée l’idée, ça a été le début du cauchemar, qu’il fallait le minimum. Le minimum, c’est évidemment une pellicule de plastique avec un nom formidablement compliqué, de 3 mm d’épaisseur. On ne peut pas moins. Pour vous mettre à l’abri du chaud, du froid, de la pluie, on ne peut pas moins que cette membrane de 3 mm d’épaisseur.

 

Donc je n’ai pas dessiné ce bâtiment, c’est sa propre logique qui l’a dessiné. Un village chaotique et cette membrane qui est tendue par de l’immatérialité et par ce fluide qui est notre vie, c’est-à-dire le souffle, l’air, le souffle de la vie. Donc vous étrangers qui rentrez dans ce bâtiment, ne voyez pas simplement un bâtiment de plus, voyez un prototype, une proposition, une nouvelle forme d’architecture.

"La vie, ça se développe dans le chaos"
"La vie, ça se développe dans le chaos"
"La vie, ça se développe dans le chaos"
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